Bolivie : pour que tout le monde comprenne
Par Gissel Gonzales ( Centre des Médias Indépendants, Cochabamba Bolivie)
Quand je pense à la justice en Bolivie, la nostalgie, la douleur, la rage, lindignation et limpuissance envahissent mon esprit. Je me souviens dun enfant de cinq ans qui aimait regarder les voitures passer du haut de son balcon, même sil devait se mettre sur les pointes des pieds
je me souviens dun jeune de 29 ans, qui travaillait pour aider sa famille et faisait la fête chaque week-end avec ses frères
et qui me rappelle mon frère. Je me souviens où et comment je les ai connu, je serais heureux de les avoir connu vivants. Mais je les ai connu dans le souvenir de leurs familles, au cimentière, quand eux criaient au ciel « Justice, carajo ! »
Lenfant sappelait Alex Llusco Mollericona, mort dun coup de feu dans le crâne, alors quil regardait de son balcon le convoi de citernes dessence quallait à La Paz. Le jeune sappelait David Salinas Mallea, mort dun coup de feu dans le ventre, vidé de son sang dans un hôpital de El Alto.
Ni pardon, ni oubli
tout simplement Justice !!
Je nai pas encore oublié octobre 2004, quand jai grincé des dents pour que mes larmes naugmentent la souffrance de ceux qui ouvraient les cercueils de leurs proches pour exiger au Parlement lapprobation dun procès de responsabilités contre Gonzalo Sanchez de Lozada ; pour montrer au monde quils ne pardonneront pas, quils noublieront pas, quils vont déterrer leurs proches autant de fois que nécessaire pour que la justice soit faite.
Noublions pas que la nuit du 17 octobre 2003, Gonzalo Sanchez de Lozada sest enfui de la Bolivie comme lassassin le plus grand de cette époque en Amérique Latine. Noublions que pendant septembre et octobre, les mouvements sociaux sont sortis défendre notre souveraineté, nos droits et nos ressources naturelles : le gaz et les hydrocarbures.
Aujourdhui le procès de responsabilités contre lex président continue, mais continue sans avoir commencé , sans ordre formel du Procureur de la République et avec une série danomalies. Ainsi, Oscar Crespo, lancien Procureur de la République a reçu six accusations pour le procès de responsabilités, parmi elles, il y en a une où lon demande linclusion de lactuel Président Carlos Mesa et des dirigeants sociaux comme Evo Morales, Felipe Quispe, Oscar Olivera et Roberto de la Cruz, entre autres.
Dans ce contexte, en juillet dernier, les procureurs Fernando Cortez, Jimmy Pareja y Marco Antonio Nina, chargés denquêter autour de « loctobre noir », décident classer laffaire en non-lieu et amnistier lex président. Tous les deux ont été séparés de laffaire et en procès denquête interne.
En septembre 2004, la Suprême Court a rendu à lalors Procureur, Oscar Crespo, la proposition daccusation contre Gonzalo Sanchez de Lozada (GSL) par carence juridique à cause de lambiguïté avec laquelle laffaire était présentée.
La Court Suprême de Justice a alors exigé au Parlement lautorisation du procès pénal contre lex président. Au petit matin du 14 octobre, les voix de 126 députés et sénateurs ont autorisé la réalisation du procès contre lex président et tous ses ministres. Cela a été possible grâce à la pression des familles des morts en octobre 2003 et aux mouvements sociaux à niveau national.
Fin Octobre, le Tribunal Constitutionnel méconnaît le nouveau Procureur Général de la République nommé par le président Carlos Mesa (César Suarez) et conseille au Parlement de définir les nouvelles désignations jusquau 10 janvier 2005.
Lex ministre de la Santé, Javier Torrez Goitia, a présenté en décembre un recours de nullité concernant le procès contre GSL et ses ministres devant le Tribunal Constitutionnel et déclara celui-ci « sans fondement ». La décision du tribunal signale : « En ce qui concerne le droit à la défense, aucune vulnération sest avérée dautant plus que le procès en soi na pas encore commencé, et que ce sera au cours de celui-ci que le plaignant pourra faire valoir ce droit, assumant sa défense personnellement ou à travers un défenseur ». Une fois encore, on prétendait fermer le procès.
Au cours des événements, GSL commencé à sauvegarder sa fortune, transférant ses biens à dautres personnes.
Le 14 janvier 2005, le nouveau Procureur Général de la République, Pedro Gareca, demande à la salle pénale de la Suprême Court pouvoir disposer dune hypothèque légale des biens des accusés. Or, pour certains juristes et pour le Ministre de Justice, cette demande devrait être fait après limputation formelle pour empêcher les contretemps lors du procès, a-t-il signalé. Une fois envoyées les ordres dannotation préventive des biens aux neufs districts fiscaux du pays, seules trois réponses ont été reçues !
Les familles de plus de 67 morts ont commencé des actions légales et sont partie plaignante dans le procès à Sanchez de Lozada et ses ministres.
A ce jour, le Procureur Général de la République na effectué aucune imputation formelle à lex président et ses ministres .
Et maintenant, la Commission de Constitution et Droits de lHomme de la Chambre de Députés convoque le Procureur Général pour quil explique la négligence présumée et la lenteur dans le procès de responsabilités.
Le Parlement a approuvé le procès contre lex président et ses ministres, or six des anciens ministres inculpés sont actuellement parlementaires et représentent à des partis politiques : deux appartiennent au MNR (Mirtha Quevedo et José Guillermo Justiniano), un au MIR (Hugo Carvajal), et les trois autres à la NFR (Erik Reyes Villa, Dante Pino y Adalberto Kuajara). On pourrait aussi se rappeler que le frère de lex ministre Javier Torrez Goitia est député
Alors, où va le procès de responsabilités à Sanchez de Lozada et ses ministres ? Restera-t-il dans limpunité comme lex dictateur Hugo Banzer Suarez, qui a mis en uvre le Plan Condor en Bolivie ? Prendra-t-il plus de sept ans à se faire, comme le procès de lex dictateur Luis Garcia Meza ? Devrons-nous vivre plus de 32 an pour que justice soit faite, comme dans le cas chilien avec Augusto Pinochet ? Ou encore, verrons-nous combien sont-ils heureux dans larrêt domiciliaire, comme lex dictateur argentin Jorge Videla ? C'est sont des questions que seul le temps pourra répondre si nous ne faisons pas quelque chose, si nous ne diffusons pas parmi nous ce qui arrive en Bolivie.
La Justice en Bolivie
Les principes de base hérités de la culture quechua ,le Ama Sua (ne pas voler), Ama Lulla (ne pas mentir) et le Ama Qella (ne pas être fainéant) sont toujours appliqués dans les zones rurales de notre pays. Ce sont les normes de savoir-vivre de la communauté. La transgression de ses normes soumet le fautif à la Justice Communautaire, tribunal constitué par les Anciens et les autorités locales.
La Bolivie vit actuellement une hécatombe de « Justice », où un dirigeant syndical est arrêté et enfermé dans la prison de sécurité maximale par une supposée complicité dans lassassinat du maire dAyo Ayo et cela en moins de 48h (cas de Gabriel Pinto) ; alors que lex ministre du Gouvernement, Yerko Kukoc del Carpio, vole des fortunes du TGN, est complice des morts en septembre et octobre 2003 et est libéré dun arrêt domiciliaire en moins de 48h.
Dans le cas de Sanchez de Lozada, la justice bolivienne prétend criminaliser les mouvements sociaux à travers de ses dirigeants on les accuse dassassinat, de soulèvement armée, de sédition, dattribution autoritaire des droits du peuple, de conspiration, dincendie, de dégâts matériels, dattentat à la sécurité des transports et des services publics, de terrorisme, sabotage, privation de liberté, attentat contre la liberté du travail et coaction (Dossier Procureur No. 5560/2004 Dossier Police Judiciaire No. 5344/2004). Les dirigeants convoqués à déclarer sont : Felipe Quispe, Oscar Olivera, Jaime Solares, Alejo Véliz, Roberto de la Cruz, David Vargas et Evo Morales.
Olivera a été le dernier à témoigner devant le Procureur Maria Luisa Torrez, qui lui a demandé : / « Savez-vous quelle participation dans les faits ont eu Evo Morales, Felipe Quispe, Alejo Véliz, Roberto de la Cruz, David Vargas, Faustino Ugarte y les dirigeants de la Centrale Ouvrière Bolivienne, Jaime Solares et autres ? »/
Les mouvements sociaux en Bolivie veillent sur le procès de responsabilités à lex président et cela pourrait aboutir à une nouvelle insurrection si Sanchez de Lozada nest pas extradité des Etats-Unis et jugé dans les plus brefs délais. Lagenda est arrêté, Assemblée Constituante, Nationalisation des Hydrocarbures et Procès à Goni [surnom de GSL]. Voici quelles sont les exigences des boliviens et boliviennes.
Les morts ne peuvent pas rester impunies, alors que le diplômé en Philosophie et Littérature Anglaise de lUniversité de Chicago, en Illinois, le millionnaire bolivien avec plus de 500 millions de dollars, lex président Gonzalo Sanchez de Lozada y Sanchez Bustamante (http://www.cidob.org/bios/castellano/lideres/s-016
.htm). Il se promène dans les rues de Washington, Boston, Williamstown et Massachusetts, offrant des conférences éducatives à des universitaires de ce pays
sur démocratie et mouvements sociaux en Bolivie !
Les Héros Boliviens
C'était à Cochabamba, en 2000, où lon aperçut dabord avec grande force le mal-être des boliviens et boliviennes au quotidien, loppression et imposition de politiques imposées par le FMI, la BM, la BID [Banque Interaméricaine de Développement], parmi dautres organismes internationaux de « coopération et lutte contre la pauvreté ». Des politiques qui imposent la capitalisation des ressources naturelles (eau, pétrole, gaz, minéraux et autres), la Loi de Capitalisation et privatisation des entreprises étatiques , le Décret Suprême 21060 qui promeut le libre marché ; la Loi 1008, qui juge et enferme les producteurs de feuille de coca ; le D.S.27209, qua autorisé les massacres dOctobre (décret rejeté par les mouvements sociaux) et la Loi 2493, où sapprouvaient les hausse des impôts et du prix de lessence
parmi bien dautres mesures politiques et économiques avec lesquelles Sanchez de Lozada asservissait lEtat bolivien, en fidèle petit soldat du gouvernement états-unien.
Maintenant on de demande, mais pourquoi les hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux qui ont perdu leur vie sont des héros ? Pourquoi un jeune de dix-sept ans assassiné dun coup de feu dans la tête en Avril 2000 à Cochabamba, est un héros ? (Guerre de leau) Pourquoi un dirigeant /cocalero
Olivera a répondu : / « Oui, celle daccomplir la volonté des bases quils représentent »
question / « Savez-vous en quoi consistaient les plans appelés PULGA, TARACCHI, SIQUITIT et QUISKHA ? »
Oscar Olivera : / « Absolument pas »/ Et il poursuit : / « Je vois avec une énorme préoccupation et indignation que le Pouvoir Judiciaire, le Ministère Public, à certains niveaux, comme dans le cas du Procureur Général, agit avec une négligence absolue ou ne sait pas, ou c'est par dautre concours de circonstances ; alors que dabord lon met dans le banc des accusés aux dirigeants [sociaux] et pas aux vrais responsables. Il y a un mois, le Comité dimpulsion du procès de responsabilités à Sanchez de Lozada a dénoncé devant le Procureur que Monsieur Sanchez de Lozada était sur le point de vendre lentreprise quil a en Bolivie, la COMSUR, et quil [le procureur] na rien fait pour empêcher cela ; ce qui, au fond, prouve clairement que Monsieur Sanchez de Lozada reconnaît sa culpabilité. Après que ce soit arrivé, Monsieur le Procureur a ordonné que les biens de Sanchez de Lozada et Sanchez Berzain soient enregistrés [en vues de saisie] par mesure de précaution »
Réponse : Parce le sang versé de toutes ces personnes arrose la Pachamama (la Mère Terre) et fait grandir dans chacun des boliviens et boliviennes une forme despoir, le rêve de construire une nouvelle patrie. Parce que maintenant nous voulons décider dans quel pays nous voulons vivre et comment nous voulons vivre, sans lirruption daucun Fonds Monétaire, Banque Mondiale ou autre organisme de soutien et coopération. Parce quon ne doit plus toucher la souveraineté du peuple Bolivien, et parce que le sang versé pour nos frères et surs nous motive à / «Mourir avant de vivre comme esclaves ».
Traduction de larticle de Gissel Gonzales http://narcosphere.narconews.com/story/2005/2/18/1
43256/276
NDT : Pour savoir plus sur la lente marche de la justice pour les crimes de la Guerre du Gaz, en anglais ou espagnol : http://www.narconews.com/Issue35/article1138.html
NDT : Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, le parti de lex président Gonzalo Sanchez de Lozada.
http://www.narconews.com/Issue35/article1140.html
NDT : Mouvement de Gauche Révolutionnaire
il faut préciser peut être quen Bolivie le nom du parti ne veut pas dire grand-chose de son action politique
et peut être pas quen Bolivie..
NDT : Nouvelle Force Révolutionnaire
NDT : la culture Quechua concerne laire des Andes Boliviennes, Péruviennes, Argentines
NDT : Pour savoir plus sur laffaire de Justice Communautaire qua aboutit à la mort du maire dAyo ayo, voir, en portugais http://narcosphere.narconews.com/story/2004/8/14/1
23242/072
NDT : pour savoir plus sur les conflits autour de la gestion des ressources naturelles, voir, en français http://narcosphere.narconews.com/story/2004/12/21
NDT : pour en savoir plus sur la Loi 1008, en français voir http://www.indesens.org/article.php3?id_article=48
Référence à la dernière phrase de lHymne National Bolivien.


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